Au creux de Dún Laoghaire

Publié le par Le Zouave

Le vent d'automne sifflait quand nous sommes arrivés devant chez toi. Et nos joues avaient la même couleur que les briques de la grosse maison rouge.
Au sous-sol, il y avait un petit appartement, un studio en fait. On y accédait par deux petits escaliers qui se jetaient contre une porte en bois. La mer n'était pas loin et si on ne pouvait entendre le bruit des vagues grises qui s'écrasaient contre le bitume du port de Dún Laoghaire, on l'imaginait. 

On avait mangé des scones et bu du thé. On avait parlé aussi. Un peu. Et puis nous avons partagé, maladroitement, la sauvage étreinte qui était notre première fois.

Dans ton énorme mini-chaîne Sanyo, un cd tournait, tournait sous le laser. Une collection des meilleures chansons de Leonard Cohen qui était sortie en 1975. L'année de ta naissance. On interrompait notre danse pour un scone ou un thé. Sans se le dire et à tour de rôle, on appuyait à nouveau sur Play. C'était une de ces chaînes où on pouvait placer plusieurs disques. Et deux ou trois autres albums du canadien tournaient, tournaient. 

Dance me to the end of love...

Nous avons dansé cinq ans entre l'Irlande et l'Aquitaine. Bordeaux, Dublin, Anglet et Dún Laoghaire. Finalement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce deuxième couplet. 

Oh, let me see your beauty when the witnesses are gone
Let me feel you moving like they do in Babylon
Show me slowly what I only know the limits of
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love...

Au creux de Dún Laoghaire
Au creux de Dún Laoghaire
Au creux de Dún Laoghaire
Au creux de Dún Laoghaire

Une annotation.

Maman avait ramené des disques du Canada mais sans doute aucun de Leonard Cohen. Car il était là de toute façon. Il chantait chez nous et dans la Simca sur les routes d'Ardèche.

Si je l'ai croisé plusieurs fois dans ma vie d'adulte, ce fut toujours à de rares occasions comme lors de cet automne irlandais en 1998. Dix ans plus tard, je le voyais en concert et ce fut une messe d'amour et de beauté. Si intense que j'avais décidé de ne pas le revoir en concert. C'est bien la première fois que je prenait une décision pareille ! Je suis heureux que certains de mes proches aient pu le voir lors de sa tournée interminable qu'il avait commencée dans ces années deux mille. Maman y serait allée. La tournée s'est terminée ce matin.

J'ai écrit ces mots ce matin du 11 novembre 2016.

Mes étreintes d'alors et ma peine d'aujourd'hui sont dédiées (si tant est que ces choses-là se dédient !) à Leonard Cohen qui avec sa noirceur et ses chansons d'amour, de sexe et de mort ont réussi à faire danser ma vie.

Le Zouave

Publié dans musique, écrits

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Lami 11/11/2016 07:47

J ai toujours associé Leonard Cohen à Martine, elle l aimait beaucoup. Non, je ne me souviens pas d un album de lui dans sa valise qui avait le goût du Quebec. Il y avait Charlebois, Leclerc, Diane Dufresne par contre...Mais ce qui est sûr c est que c est ma grande soeur qui me l a fait connaître, d où une émotion encore plus grande ce matin...
Tres beaux souvenirs irlandais, j ai reconnu l appartement ...;)