Salem

Publié le par Le Zouave

Un coup dans le ventre. Uppercut. Hyper mal. C'est la première fois que je vois partir quelqu'un avec qui j'ai travaillé.

Cela remonte à mon tout premier emploi. À ces années douces et dingues : fin de siècle. Loin comme Zidane et le Stade de France. C'est comme une dent de lait qu'une maman garde des années dans du coton. Le coton est là, on le sait. Vieille boule plus tout à fait blanche, rangée dans un tiroir qu'on n'ouvre plus.

Hier soir le tiroir s'est ouvert brutalement. Et bien plus que Salem (avec tout le respect que j'ai pour lui évidemment), c'est toute une époque qui m'est revenue dans la tronche.

On n'a jamais été très proches lui et moi. L'âge sans doute. Rendez vous compte : il devait bien avoir sept ans de plus que moi ! Mais j'étais bien sûr amené à travailler avec lui et j'étais forcément sorti plusieurs fois en groupe au pub avec ce bel animal. Une voix posée qu'on écoutait. On buvait ses mots et, ça tombe bien, Salem a été la première personne à m'expliquer l'informatique. De la structure d'un PC aux protocoles TCP/IP permettant la communication entre machines et donc internet.

On parlait de lui en novembre dernier avec une amie restée en Irlande. Leonard Cohen venait de partir et elle me rappelait combien Salem lui rappelait Cohen. C'est vrai, il en avait les yeux rieurs et la même... attitude. Pardon, le mot est mal choisi. La même allure ?
 

Salem
Salem

Évidemment, l'obsédé du temps qui passe et du temps qui défait que je suis est touché par ce départ. En recherchant une illustration pour cette bafouille (je ne voulais pas mettre de photos de Salem sans autorisation), j'ai machinalement tapé Dublin 1998 dans Google. En voyant ces couleurs, les vêtements, les enseignes, les bus (sur d'autres photos non publiées ci-dessus), j'ai compris que cette période de ma vie avait vingt ans. Ce n'est pas rien, vingt ans.

J'avais vingt-et-un ans. Les boutons d'acné s'étaient barrés mais pas trop loin puisqu'on en recroisait parfois un ou deux sur mon visage. Les semaines d'abus de chocolat, on disait. J'avais laissé mon père et ma famille deux mers plus loin et les seuls adultes qui m'entouraient étaient ces collègues à peine plus âgés que moi. Comme Salem.

Pensées à lui. Pensées à sa femme et son fils... de vingt ans.

 

 

Sláinte Salem !

Au verre vide, je te plains... au verre plein, je te vide.

Salem

Publié dans ainsi valse la vie, écrits

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Commenter cet article

gwen 28/04/2017 17:57

tout est dit Maxime ! J'étais avec Severine au téléphone aujourd'hui et on parlait du départ de Salem également...
Nous préparons notre voyage à Dublin pour début juin, nostalgie quand tu nous tiens !
bises à tous les 3

Le Zouave 29/04/2017 09:11

Je suis heureux de te lire Gwen. Oui c'est encore la meilleure façon de faire, d'aller en Irlande. On s'y mal pris cette année mais on compte bien y aller l'an prochain. Pensées pour Séverine et toi... et toute la bande de ces années-là.

marie 26/04/2017 14:52

Tu sais tellement bien faire ressentir tes sentiments. Très bel hommage.

Le Zouave 26/04/2017 15:14

Oh ce n'est pas un hommage tu sais. Mais je peux te dire que ça fait du bien d'écrire et que c'est le seul moyen que j'ai pour apaiser ces tourments.

Michel 25/04/2017 14:15

Bel hommage !