Jeanne et Barbara

Publié le par Le Zouave

J'ai bien entendu été touché par la mort de Jeanne Moreau le mois dernier.

Comme beaucoup de trentenaires (quarantenaires, pardon), j'ai tout de suite repensé à la cérémonie d'ouverture de Cannes en 1995 et ce moment rempli d'émotions.

Et puis, je partage ici son interprétation de cette superbe chanson, sans doute une des plus belles et tragiques jamais écrite. Je pourrais écouter ce titre sans fin.

En novembre 1997, il y a vingt ans cette année, disparaissait Barbara. Les larmes encore aux yeux, je me souviens avoir acheté ce numéro des Inrocks la semaine d'après.

 

Le magazine avait alors demandé à Jeanne Moreau des confidences sur sa belle relation avec la Barbara.

Je connaissais Barbara depuis une dizaine d’années.

Nous avions, de nombreuses fois, chacune dans notre coin, manifesté le désir de nous rencontrer, et cela a fini par arriver au cours d’un voyage. Nous avons depuis ce jour-là entretenu une relation d’affection qui n’a jamais été liée au travail.

Avant de la connaître, elle était pour moi un modèle d’excellence. Il m’est arrivé de choisir des arrangeurs pour mes chansons parce qu’ils avaient travaillé avec elle. Ensuite, elle est devenue un modèle d’amitié.

Elle était d’une sincérité absolue, d’une sincérité qui pouvait devenir presque dévastatrice. Ce n’était pas une minaudière, il n’y avait jamais de démagogie dans ses rapports avec les gens. On parle toujours de lumière noire à son propos, alors que pour moi, elle est la claire lumière, à l’opposé de ce que l’on pouvait penser d’elle. Son image, de l’extérieur, pouvait paraître très sombre, mais elle avait en réalité une lumière intérieure éclatante.

Elle était en permanence en quête de quelque chose qui touchait à l’essentiel, dans son art comme dans sa vie, et c’était l’impression qu’elle donnait à tous les gens qui l’approchaient dans le privé. Elle ne se préoccupait pas de son mythe. Ce qui lui importait le plus était d’aller de l’avant, de chercher, avec toujours cette envie de partir à la conquête des gens, de les comprendre. Elle n’était pas non plus en proie à la moindre nostalgie. C’était au contraire quelqu’un qui aimait rire, parfois une moqueuse. Elle n’aurait pas pu avoir ce parcours sans être dotée d’une certaine forme de fantaisie.

Pour moi qui suis actrice, son talent d’actrice m’impressionnait vraiment.

Elle faisait des choses que je n’aurais jamais osé faire. Elle avait cette façon inouïe d’aller puiser profondément en elle des richesses et de les faire remonter, à la manière des chercheurs d’or, pour les partager avec une infinie générosité. Elle était moins gaie que moi en ce qui concerne le temps qui passe mais, pour autant, la vieillesse ou la mort n’étaient pas des questions qui l’obsédaient.

Nous parlions de l’amour ou d’autres choses en rigolant, mais rarement de notre travail ou de nos problèmes. Quand on se voyait, c’était toujours lorsque nous allions bien toutes les deux, jamais lorsque ça n’allait pas. Lorsqu’elle n’allait pas bien, elle restait recluse en attendant que ça passe, comme moi.

Souvent, nous communiquions par fax. On s’en envoyait pendant la nuit, afin de pouvoir les découvrir le matin au réveil. Lorsque j’ai appris sa mort, c’est le premier souvenir qui m’est revenu : cette étrange correspondance que l’on échangeait, son écriture.

Avec Barbara, on ne s’envoyait pas des fleurs, on s’envoyait des arbres. Dernièrement, elle m’avait envoyé un énorme oranger. Lorsque la fièvre des couronnes sera passée, j’irai lui apporter un dernier arbre que j’ai choisi ce matin.

Christophe Conte, Les Inrockuptibles (le 3 décembre 1997)

Jeanne et Barbara
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Jeanne et Barbara

Publié dans ainsi valse la vie, musique

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Commenter cet article

Michel 15/08/2017 18:03

Toute la richesse extraordinaire d'un patrimoine désormais disparu, mais qui vivra à jamais !

Le Zouave 16/08/2017 14:34

C'est sûr oui ! Et pour se faire, à transmettre à nos enfants, à faire écouter à nos amis.