La chanson logique

Publié le par Le Zouave

Il y a des matins comme ça.
On se réveille ronchon. On ne va plus au bureau mais on a aucune envie que le bureau, qu'on peut toucher de l'orteil depuis son lit, vienne à soi.

En face de chez nous, à côté d'un vieux magasin (une sorte de quincaillerie de plus de quatre-vingt ans !), il y a un service de pompes funèbres. Je n'aime pas appeler cette enseigne ainsi tellement ils sont créatifs dans leur vitrine pour présenter ce qu'ils font. Mais je pense que c’est comme ça qu'on la définirait en bon français. L'an dernier ils avaient fait une chouette vitrine (si, si, chouette) sur le Día de los muertos. Très colorée, forcément. Avec tout un tas d'informations.

L'autre matin, un matin ronchon donc, je passe devant le magasin et je m'arrête. Non pas que j'avais prévu un achat mortuaire. Quand je peux éviter, j'évite. Mais voilà, une fois de plus leur vitrine attirait le regard.

La chanson logique

Me voilà donc planté sur le trottoir comme un de ces panneaux indicateurs qu'on voit ici. La main de ma fille dans ma main gauche et ma mauvaise humeur du jour dans la droite. Je lis de bas en haut les mots du panneau de droite que j'égrène :

Naissance

Enfance

École

Famille

Métier

Retraite

Mort

Ah ils n'y vont pas par quatre chemins (avec ces panneaux ça tombe bien !). Mais la confrontation de ces étapes crûment balancées avec mon humeur du jour me permit de mettre en perspective mon envie de rester au lit. Étais-je déjà mort que je pouvais rester à l'horizontale ? Non, selon le tracé établi, je n'en étais qu'à l'étape 5. J'avais plutôt intérêt à embrasser ma carrière, ma profession. Mon métier.

Oserais-je entrer dans le magasin ? Pousser la porte ?

C'est pour une crémation, un enterrement ? Je vous l'emballe ou c'est pour tout de suite ?

- Non, non, vous n'y êtes pas ! C'est juste pour vous signaler qu'entre l'école et la famille, j'ai fait pas mal de détours. Aurais-je droit à une remise le jour de mon trépas ? ... ou au contraire, cela est-il pénalisant ?

Je clignais des yeux et puis reprenais mon chemin (celui sur le trottoir, pas celui de la vie, enfin...). J'arrive à l'école de ma fille. Et merde, j'ai oublié mon masque !

La chanson logique

La logique implacable résonna encore le soir même quand je découvrais la dernière reprise de Pomplamoose. Je suis étonné de ne pas encore avoir parlé ici de ce groupe californien que j'écoute depuis un ou deux ans. Une bande de copains à croquer qui entoure le moteur du groupe : un couple, un duo. Ils ont de chouettes chansons mais ce sont leurs reprises que je déguste comme du caviar. Pensez-donc, cela va des Beatles à Brassens (chanté dans un français parfait !) en passant par Eurythmics, Michael Jackson, Françoise Hardy ou Daft Punk. C'est ici pour les curieux.

Bref, les paroles (ici pour une tentative de traduction) et la mélodie ont accompagné mon... coucher. Demain serait un jour meilleur. Et merde aux panneaux indicateurs !

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