Mon vieil ami

Publié le par Le Zouave

Il y a bientôt trente-deux ans. L'église est bancale et belle. Remplie aussi. Remplie de famille et de larmes. Moi je ne pleure pas. Je suis tout devant à droite et quand je regarde sur ma gauche, il y a un cercueil en bois et des fleurs.

De ce jour là, ce que je garde avec moi, c'est la présence d'un petit garçon qui vient de fêter ses huit ans. Il est aussi sur ma gauche mais tout au fond de l'église. Mais que fout-il là bon sang ??

Le village d'Aiton est distant d'un peu plus de cent kilomètres de la petite ville où nous habitons. Et il nous faut une heure environ pour parcourir ce trajet. Une heure à mon âge c'est quand même un sacré bout de temps. Rendez-vous compte, c'est plus qu'une mi-temps de foot ! Mon jeune ami, que fait-il là ?

Mon vieil ami

Trois ans plus tôt en 1981, Paul McCartney enregistre son album Tug of War qui sortira en 1982. La mort brutale de Lennon a eu lieu au moment où commençaient les premières sessions. Peu de temps après, il partit enregistrer sur l’île de Montserrat dans les Antilles, dans le tout nouveau studio de son ami George Martin. L'amitié planait sur ces sessions puisqu'au final on retrouvera sur l'album ses deux compères George Martin et Ringo avec qui il n'avaient pas enregistré depuis de nombreuses années mais aussi Stevie Wonder.

Mais l'amitié va marquer d'une manière inattendue ce mois de février 1981 quand sa femme Linda et lui invite Carl Perkins, un autre ami, à se joindre à eux aux Antilles. Carl Perkins a grandement influencé les Beatles qui avaient enregistré plusieurs de ses titres. C'est à lui que l'on doit, entre autre, Blue Suede Shoes. C'est surtout un ami proche de George Harrison. Ils enregistrent alors un morceau sautillant, très country-western, très Perkins en fait, Get It.

Alors que huit jours de musique et d'amitié venaient de s'écouler, Carl Perkins allait repartir. La nuit précédent son départ, une chanson lui vient à l'esprit. D'habitude il en prend note mais là il décida de la chanter à McCartney telle quelle, en s'accompagnant de sa guitare. Comme un cadeau d'amitié et un signe de ces belles journées passées ensemble. Quand Perkins chante la phrase suivante, McCartney fond en larmes et doit même quitter la pièce.

"If we never meet again this side of life, in a little while, over yonder, where there's peace and quiet, my old friend, won't you think about me every now and then ?" ("Si on ne se revoit plus de côté-ci de la vie, bientôt, là-bas où tout est calme, mon vieil ami, penseras-tu à moi de temps en temps "?)

Linda McCartney se rapprocha de Carl et le prit dans ses bras. "Merci Carl, c'est exactement ce dont il avait besoin. Depuis la mort de John, il n'avait pas vraiment encore eu l'occasion de s'effondrer, de craquer". Et puis juste après elle lui demanda : "Mais comment tu savais ?". Carl est surpris : "Comment je savais... quoi ?". La toute dernière fois que Mccartney avait rendu visite à John à New York, celui-ci lui avait tapoté sur l'épaule dans le couloir au moment où Paul allait repartir. Et il lui avait dit : "Tu penseras à moi de temps en temps mon vieil ami hein ?".

Avec quelques modifications cette phrase allait devenir le refrain de cette chanson dont voici une version acoustique enregistrée en 1993 par Carl et Paul. Par ailleurs, pour les anglophones, voici Carl Perkins qui raconte avec beaucoup d'émotions, cette anecdote.

Pourquoi je vous parle de ces deux choses-là comme ça ? Certains vont me taquiner, parce que je ne rate jamais une occasion de parler des Beatles. C'est faux ! Je m'insurge ! Je parle de cette chanson (de Carl Perkins pas des Beatles !) parce qu'elle est superbe et emplie d'émotion.

Le premier qui me taquinerait fête ses quarante ans aujourd'hui. Il est quelque part en Grèce. Et malgré le temps qui passe et nos différents chemins celtiques empruntés au cours de nos vies, il est toujours là. Le petit garçon de l'église d'Aiton que j'ai aussi retrouvé dans une autre église, moins belle, en avril 2009.

My old friend, mon vieil ami.

Un petit garçon qui m'a mille fois chanté son amitié dans les bandes magnétiques des cassettes qu'il me filait dans les années quatre-vingt-dix. Dans les cds et les fichiers mp3 dans les années qui ont suivi. Et lorsque je l'ai vu la dernière fois en mai dernier, c'est un vinyl qu'il me donna. Certaines choses ne changent pas.

Depuis la maternelle on joue à cache-cache et comme depuis quarante ans, je suis encore plus jeune que lui... de quelques mois seulement.

Publié dans perso, musique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

M
J'avoue, je ne me souviens pas de tes regards....C'est égoïste, peut-être, mais je ne me souviens que de ma tristesse... et de ma fixation sur le cercueil ....
Répondre
L
C'est bien normal !
L
Je me souviens très bien de tes regards vers le fond de l église, je viens de comprendre. .. Belle amitié, c est très beau, j ai un gros moustique dans les yeux.
Répondre
L
Ah bah ça alors... tu te souviens ? Fou.