Le métro bondé en hiver

Publié le par Le Zouave

La neige est tombée hier. En général la neige tombe et elle ne se relève pas. Ce matin le sol était barbouillé de blanc et de gris. À Berlin on ne sale pas les chaussées, on y balance du gravier. Des petits cailloux noirs que l'on retrouve jusqu'au mois d'avril quand on descend les chaussures d'hiver à la cave.

Ce matin était donc gris, blanc et agrémenté de petits cailloux noirs qui font creuk creuk sous les pieds. Le métro est plein. Plein à craquer. Je monte comme on chausse une godasse trop petite un jour de pied enflé. Et me voilà soudainement dans un bocal d'intimité lancé à 30,7 kilomètres par heure. Mon aisselle recouvre un nez d'enfant pendant que le mien, de nez, vient se perdre dans les cheveux d'une jeune femme.

Les stations défilent, mon nez s'enfonce dans la coupe afro devant moi. Lors d'un arrêt, un passager que personne n'avait remarqué car il s'était littéralement incrusté dans la vitre du fond du wagon, a la folle idée de vouloir descendre. Personne ne le laisse partir. Un métro bondé c'est comme une soirée réussie. On ne veut pas que quelqu'un parte en premier. Mais après une opération démoulage, voilà notre bonhomme sur le quai. Extirpé de notre carlingue, il retrouve peu à peu sa forme. Il titube puis bientôt marche normalement. Le train repart.

C'est bientôt mon tour et le wagon ne désemplit pas. Une vieille dame vient d'accoucher, c'est un tout petit caniche flétri. On la félicite. Il fallait voir la joie du chien quand elle a perdu les os. 

Et voilà mon arrêt, ah non, pas encore. La rame ralentit, nous arrivons devant la plateforme. Le quai est désert à l'exception d'un jeune homme qui ne peut dissimuler une ceinture explosive et, en bandoulière, une arme qui fait tac et tac et tac. Les gens commencent à s'énerver : la ceinture d'accord mais jamais il ne rentrera dans le wagon avec ce gros machin en métal sur son épaule. Les portes restent fermées. Le pauvre type voit le train ralentir puis repartir. Ah il fallait voir sa gueule ! Je croise son regard hébété, il est comme désarmé. Avant de s'enfoncer à nouveau dans les tunnels, on aperçoit sa silhouette. De dépit il vient de tout balancer, ceinture et arme. 

La neige est tombée hier. En général la neige tombe et elle ne se relève pas.

Le métro bondé en hiver
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Le métro bondé en hiver
Le métro bondé en hiver

Publié dans écrits, berlin

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Chris 13/01/2017 12:29

J'ai beaucoup aimé; très évocateur et en 3D pourrait-on dire. J'apprécie ces chroniques du quotidien tellement original quand on le regarde "autrement"!

Le Zouave 16/01/2017 21:33

Merci c'est très gentil et... encourageant.

Michel 13/01/2017 08:24

Super !