Les profs

Publié le par Le Zouave

Dieu sait (j'ai le droit d'écrire Dieu sait ?) si j'ai pu l'utiliser moi aussi ce mot de abasourdi depuis bientôt six ans. Mais là, ce fut comme un ascenseur qui me tombe sur la gueule : une fois, deux fois puis trois fois.

J'ai bien vu autour de moi partir beaucoup de personnes au quart de tour. Mais je suis resté muet. Pire, j'évacuais même tout ça en tentant de ne pas y penser.

C'est pas beau, je sais.

Les profs

Et puis c'est venu, par vagues. On a encore le droit de dire par vagues ?

D'abord les proches. C'est que j'en ai des profs dans ma famille, dans mon cœur. Des qui sont à la retraite, des qui ne le sont plus par décision personnelle, des qui le sont encore.

Et, en me penchant sur le milieu des années quatre-vingt dix, des foisons de profs en devenir. Ceux-là n'existent que dans ma tête, dans mon passé à moi. À l'université, je cotoyais toute cette foule de futurs profs et instits. Olivier, Vanessa, Audrey, Sébastien... J'avais même fait un temps partie d'une chorale de l'IUFM de Grenoble. Je ne sais pas ce qu'ils et elles deviennent. Foule de visages disparus, destins partis se carapater dans les replis du temps. À part Vanessa qui après quinze ans en tant qu'institutrice (j'ai le droit d'écrire institutrice ?) a décidé de se réorienter sur autre chose.

 

Et puis après, vu que je me retournais sur mes années à la fac', je suis retombé dans mes années collèges. Madame Mingat, Monsieur Linossier, Madame Riou, Monsieur Nickel, Monsieur Janon... Un vrai livre de Monsieur/Madame quoi.

J'aimerais vous dire que j'ai été marqué à vie par l'une ou par un autre mais je n'ai (malheureusement ?) pas ce privilège là. J'écoute, parfois avec envie, les récits de certains : "en troisième, j'avais eu ce prof de français qui a complètement changé ma vie, il nous avait fait decouvrir...".

Je pense, puis-je me permettre de l'écrire ?, que nous avions à la maison assez de bouquins, de films et de discussions politiques (sans compter mon obsession pour les infos) pour éveiller mon esprit. Cela renvoie encore à ces profs qui ont fait ma vie et la font encore. Les profs de ma famille quoi.

Les profs

Dimanche soir.

Les mots ne me viennent toujours pas. Soudain une peur : m'habituais-je à l'horreur ?!

Je comprends bien ce qu'il se passe aussi. En parallèle. La petite musique de la discorde. "Untel n'a pas le droit de défiler avec parce que..." Et merde, je l'aime bien moi cet untel (ai-je le droit de l'écrire ?). "Ce qu'il faudrait déjà dire c'est que...". Est-ce ma faute à moi tout ça parce que je dis tout le temps, comme un perroquet : pas d'amalgame ?

 

 

Finalement ce sont encore les mots et la colère de Sophia Aram dans lesquels je m'allonge le mieux ce soir. Allonge, car je suis fatigué, limite extenué voyez-vous ? En 2015, j'avais les armes en mains, les mots aux lèvres. Mais là, aujourd'hui, je n'ai qu'un dégoût et un chagrin que je ne parviens même pas à exprimer.

Mais toute ma solidarité et mon soutien aux profs, ça oui, je me relève pour le crier.

 

Publié dans ainsi valse la vie, écrits

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