Aussi vite que la lumière

Publié le par Le Zouave

On a trente ans. À fond Madame Laffond.

Nos vies filent à la vitesse des étoiles. Nous sommes les étoiles. On ne sait plus s'il fait jour ou s'il fait nuit. On commande le soleil.

On commande le soleil... sauf quand on a la gueule de bois.

Rescapées des oublis numériques et des pertes digitales, j'ai retrouvé quelques images qui datent d'il y a quinze ans. Je n'ai même pas fait exprès mais c'était il y a vraiment tout juste quinze ans (et vingt-quatre heures). Les 4 et 5 juin 2006. Hasard.

Mais avant de vous les présenter sous la forme d'un petit film, voici une présentation des lieux.

1 Josephine avenue (Josephine ave, pour les intimes)
1 Josephine avenue (Josephine ave, pour les intimes)

1 Josephine avenue (Josephine ave, pour les intimes)

Il y a un peu plus de dix-sept ans, je mettais mes fringues, mes disques, mes quatre dvds (dont celui d'Amélie Poulain) et mes bouquins derrière la porte rouge du 1 Josephine avenue. Cul-de-sac de briques rouges. Je dormais sous les toits, dans la grande chambre qui faisait presque la longueur de la maison, presque la largeur de la maison et dont le plafond était mon bleu du ciel. Deux velux pour aérer et s'aérer. La vue sur les cheminées de briques et les toits. Peter Pan 2003.

Aussi vite que la lumière
Aussi vite que la lumière
Aussi vite que la lumière
Aussi vite que la lumière
Aussi vite que la lumière

Ces murs étaient ceux du label Catchy Go-Go Records. Le bébé de Daragh et ses amis du groupe NPB, Patrick et Paul. J'avais vraiment l'impression, un peu clandestin, un peu journaliste, de monter à bord d'un rafiot qui naviguait les mers d'Irlande, d'Écosse, de Cornouailles. Au large de Manhattan.

La chambre bleue était celle de Patrick. J'en avais hérité, par hasard (et pour le coup, pas rasé du tout) lors de mon arrivée.

Sur le navire, Daragh donc mais aussi Diana. Journaliste. Espagnole. Sciences du Langage. Claire. Journaliste. Irlandaise. Sex in the (Dublin) City. Et puis toute une galerie de personnages. Des passants dépassés. Une guitare ou une bouteille à la main. Parfois les deux. Parfois un stylo, un livre. Autant d'objets qui étaient comme des clés pour notre porte ouverte. Des amours, peu d'emmerdes. Des filles, des garçons.

Il ou elle venait un jour et repartait, ou pas, le lendemain. Ou dans un an. La famille souvent. Celle de Daragh, la mienne. La porte n'était jamais fermée. Pas par idéal ou conviction. Mais parce qu'on avait un problème de serrure qu'on n'a jamais vraiment résolu. 

 

Aujourd'hui Daragh est toujours à Dublin. On s'est perdus de vue, c'est dommage. Il m'a ouvert à ce monde que j'ignorais : incarné par Crass, collectif d'artistes anarcho-punk dont la position était directement liée à l'anarchisme libertaire ou aux courants de pensées politiques communautaristes du vingtième siècle. Daragh les avait rencontrés à plusieurs reprises. Il avait passé du temps dans leur communauté dans l'Essex. Et il comptait écrire le bouquin définitif à leur sujet. Il ne l'a pas encore fait.

Nos discussions bouillonnaient de livres que l'on n'écrirait jamais. De films qu'on ne réaliserait pas. De chansons aussi. Il paraît que c'est ça la jeunesse. On avait trente ans. J'écrivais sans cesse. Je bidouillais sur l'ordinateur. Samples et boucles.

Aujourd'hui Paul, de NPB, n'est plus là. Juste avant de partir il avait laissé la batterie pour prendre la guitare. C'était beau. En 2010, quand il est mort, c'est devenu triste. On était tous amoureux de sa copine espagnole. Il s'habillait avec des chapeaux de cow-boys et il avait même acheté une vieille bagnole américaine. C'est la première fois que je voyais quelqu'un de mon âge porter un costume par plaisir et pour l'amour du rock and roll. Paul a 34 ans, pour toujours. Étoile.

Aujourd'hui Patrick, de NPB, est là. Plus que jamais. Je le lis chaque semaine dans l'Irish Times où il officie désormais. À l'automne dernier, je me suis régalé avec son bouquin : OK, Let's Do Your Stupid Idea (désolé pour le lien amazon). Quand il sortira, traduit en francais, je serai jaloux de ne pas en être l'auteur. Au fil de certains chapitres, on y croise quelques personnes citées ci-dessus. Voir l'extrait que je publie en fin d'article. Merci Patrick. Tes rires et tes larmes apaisent.

 

Il y a quelques semaines je retrouvais moult photos et vidéos de ces années-là.

On pourrait penser label de rock, la maison était un vrai bordel de fêtes, d'alcool et autres. Mais non. Durant mes années au 1 Josephine avenue, on n'a pas fait tant de soirées que ça. Peut-être que Daragh et les autres grandissaient. J'étais arrivé après nos vingts ans. Et puis j'allais bientôt quitter la maison de briques pour vivre avec Claudia.

J'ai compilé quelques unes de ces images de juin 2006. C'était il y a quinze ans donc, on avait invités du monde cet après-midi là. Je suis présent au début, au milieu et moins à la fin car je bossais le matin. La soirée n'était pas encore finie.

J'interviens, en narrateur quarantenaire (commentaire enregistré en 2021) à deux reprises. À regarder en grand écran.

24 Hour Dublin People

Les zauteurs de la vidéo.

 

À la vitesse de la lumière, nous passons dans la vie. Qu'est ce qu'on aura rigolé quand même !

 

Je termine avec ces mots tirés du livre de Patrick, sorti l'an dernier. C'est au sujet d'une maison, au nord de Dublin. Et de ceux qui l'habitent. Vous la reconnaîtrez.

Comme la Motown
Notre quartier général était une maison que Daragh et moi partagions dans le nord de Dublin. Nous aspirions à être comme la Motown et avions fait inscrire notre adresse dans les annuaires internationaux de l'industrie musicale. Les gens nous envoyaient des cassettes. Une fois, nous avons reçu la visite de deux musiciens norvégiens qui étaient perplexes de découvrir que Catchy Go Go Records n'était que quelques jeunes hommes débraillés dans une maison mitoyenne en briques rouges. J'étais sporadiquement au chômage.

Nous travaillions dur - plus dur que nos amis qui avaient un vrai travail. On voulait créer, avoir du succès et signifier quelque chose. Faire partie d'un groupe, c'est une question de volonté, vraiment. Alors on avait de grandes disputes théâtrales sur ce qu'on voulait et ce qu'on défendait. Une fois, on s'est disputés jusqu'au bout de la nuit pour savoir si on accepterait de l'argent de Guinness pour faire une pub. ("Ce serait beaucoup d'argent." "Mais c'est une corporation!" "Mais on boit de la Guinness.") Accessoirement, Guinness ne nous avait pas proposé d'argent pour faire une pub. Nous pensions simplement que c'était un principe important qui devait être débattu.

 

Ci-dessous, quelques chansons de personnes évoquées ci-dessus (ou parfois aperçue, endormie sur un canapé). NPB d'abord, le groupe de Daragh, Paul et Patrick. Quand je suis arrivé, le groupe allait sortir leur dernier album et se séparer. La fin de la vidéo de leur titre Feeding Frenzy est en partie tournée dans notre jardin.

J'allais beaucoup, beaucoup aimé les albums enregistrés par Patrick ensuite. Par son groupe El Diablo d'abord puis par Patrick Freyne and his Bad Intentions.

Suit ensuite un extrait de l'album de Paul. Sorti quelques jours seulement après que son coeur ait lâché.

Et enfin, je ne parle pas de lui mais on l'aperçoit dans la vidéo ci-dessus, un ami à moi. À nous. L'artisan poète Padraig O'Connor. Endormi aux confins de l'espace. On le récupérait parfois sur un bout de table, un coin de lit. Quelques années après il allait emménager dans un appartement. Je le soupçonnais de dormir dans la rue en bas de chez lui. Cela ne lui ressemblait pas d'avoir un lieu à lui. Ce titre est celui que j'emmenèrai au-delà des étoiles.

NPB/National Prayer Breakfast (1999)

The National Prayer Breakfast - Feeding Frenzy (2000)

El Diablo - Long Broken Year (2000)

NPB - Loaded (2001)

Patrick Freyne and his Bad Intentions - March on the City of Love (2006)

Paul Clancy - Hope in your Heart (2009)

Padraig O'Connor - Universe of Sand (2018)

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Commenter cet article

Michel 07/06/2021 00:53

SUPERBE !