Menu
Ce pays a encore une âme.

Ce pays a encore une âme.

Je suis né plusieurs fois à Échirolles. En décembre 1976 bien sûr même si je ne suis pas resté très longtemps dans cet hôpital que l'on appelle Sud par opposition à celui de La Tronche qu'on qualifie de Nord. En revanche j'ai pratiqué Échirolles lors de mes trois années passées au sein de l'Institut de la Communication et des Médias et surtout au Village Olympique. Chambre 410, bâtiment Canadien.

 

Il m'est arrivé de rentrer le soir, tard, bien tard selon les critères des gens qui pensent bien. J'ai traversé le Parc de la Villeneuve entre deux heures et trois heures du matin. Bourré comme un coing avec sûrement à fond les ballons du radiohead, Noir désir ou du Lennon dans les oreilles. J'y ai connu les plus belles âmes, vu les plus beaux des sourires qui, oui, parfois brillaient derrière les mille feux d'une bagnole qui cramait sur l'avenue Marie Reynoard. Mais en voyant une bande de marmots de quatre ou six ans, je ne pouvais pas imaginer (même si, même si...) que seize ans plus tard, ils s'entretueraient à coup de marteaux et de couteaux.

Et pourtant, c'est dans cette ville que Kévin et Sofiane se sont fait brutalement assassinés. Je viens de voir à l'instant le regard de François Hollande, interpellé par cette maman qui dit avoir voté pour lui. Le regard en l'air, comme celui du nabot qui promettait des kärchers. Et même s'il a répondu par trois beaux mot que sont sécurité, justice et réussite, il semblait comme nous. Comme moi : abattu et impuissant devant de telles horreurs.

 

Et puis l'espoir est venu de là où je ne l'attendais pas. L'espoir, peut-être. La lumière, sûrement.

La mère de Kévin a dit vivre un "cauchemar éveillé". "Mais on est aussi réconfortés par l'élan de solidarité qu'il y a tout autour de nous. Ca me touche beaucoup, ça montre que ce pays a encore une âme", a-t-elle ajouté. Mme Noubissi a demandé "réparation" et "justice" et un peu plus de sécurité pour son quartier avec "des choses très simples", comme l'éclairage, la vidéosurveillance ou la police de proximité. "Je n'ai aucune haine... Plutôt de la pitié", a-t-elle ajouté.

 

http://www.jde.fr/imagesJournal/Banlieues1.jpg

 

Voilà ce que demande la maman. Les mamans. Des choses très simples. Comme l'éclairage, une police de proximité. De l'attention finalement. Dans tous les sens du terme. 

Et ça, droite et gauche confondues, il va falloir apprendre à le faire. Car il n'est pas trop tard. Mais un jour, très bientôt, il le sera. Et comme cela peut faire de la peine, quand la haine et la mort viennent frapper là où je suis né.

 

http://www.lexpress.fr/pictures/888/455038_des-fleurs-deposees-le-30-septembre-2012-dans-le-parc-de-la-villeneuve-a-echirolle-en-hommage-a-kevin-et-soliane.jpg