Écoute et vois

Publié le par maxime

 

On a appris hier que plusieurs tonnes de matériel de maintien de l'ordre à destination du ministère de l'Intérieur tunisien ont été bloqué à Roissy. Par qui ? Mystère ! Cette action qui n'émanerait pas de l'Elysée résulte d'une décision administrative données par le gouvernement lundi ou mardi, soit trois jours ou quatre jours après la chute de Ben Ali.

 

 

Ceci me donne envie de revenir sur l'attitude des autorités françaises.

Je relisais mes propos sur Michèle Alliot-Marie. Non, ce n'est pas rien de demander sa démission. Vous avez, je l'espère, vu les arguments employés par le Premier Ministre pour la défendre à l'Assemblée nationale. François Fillon avait pris la défense de Michèle Alliot-Marie vivement attaquée par l'opposition en déclarant : "J'entends les critiques que vous formulez et je pourrais, pour y répondre, citer de larges extraits du très beau discours de Lionel Jospin en octobre 1997 lorsqu'il recevait à Matignon le président Ben Ali". À croire que Fillon veut dégager Michèle de son gouvernement ! Honteux ! Hon-teux ! 

Heureusement Lionel Jospin ne s'est pas laissé faire. Extraits : "C'est donc une comparaison absolument insupportable", a-t-il dit avant de retracer les circonstances de la visite de l'ancien président tunisien pendant la cohabitation : le président "Jacques Chirac invite avant même que je sois Premier ministre M. Ben Ali, je le reçois par obligation protocolaire, je fais le minimum syndical (...) et dans un tête à tête avec ce président, je décline la proposition qu'il me faisait de venir faire une visite officielle en Tunisie. Pendant 5 ans, je n'irai jamais en Tunisie".

 

Je pourrais aussi relever la sémantique utilisée depuis quelques jours à peine. Il y a sept jours on parlait du Président Tunisien. La même personne est désormais appelée Dictateur. Pouvez-vous m'expliquer en quoi ce mot-là a toujours permis de désigner de lointains oppresseurs comme en Corée du nord alors que pour notre voisin de l'autre côté de la Méditerranée, il a fallu attendre sa chute pour le désigner ainsi ? Ah, sûrement la proximité et quelques Club Meds au printemps quand il fait encore trop froid en métrop... pardon, en France !

 

Bien sûr que la gauche n'est pas plus propre que la droite ! Bien sûr ! (Cette remarque pour ne pas faire fuir nos chers lecteurs de droite.) Il aura fallu attendre le lundi 17 janvier pour que l'Internationale Socialiste exclue enfin le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) de Tunisie.  Lire le communiqué.

Et c'est grâce à nos amis socialistes que l'Europe, une fois de plus, se muselle la gueule. Le groupe socialiste du Parlement européen, présidé par Martin Schulz, a joint ses  voix au groupe conservateur du PPE pour bloquer toute résolution sur la révolution tunisienne et sur la suppression de la liberté de la presse en Hongrie ! Les Verts, entre autres, furent outrés... et on les comprend !

Je vous invite à regarder la diatribe (sait-il s'exprimer autrement ?) de notre précieux ô précieux Daniel Cohn-Bendit. Cela se passe de commentaire et ne fait que renforcer le crédit de sa présence au parlement européen. Ah si les Verts pouvaient encore plus peser sur la politique en France (2012 ?) !

 

 

Et maintenant ?

Ce matin le gouvernement de transition donne des gages. Avant la tenue du premier conseil des ministres ce jeudi, une source officielle a annoncé que les ministres encore membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), avaient démissionné de cette formation. Lors de manifestations, mercredi, des milliers de personnes avaient réclamé la dissolution du RCD.

tunisie rcd dégage

 

Mais ils ont également demandé le départ pur et simple du gouvernement des ministres issus de l'ancien régime. Nous sommes vraiment dans un moment décisif où, assez jouissivement, il semble que tout ce que le peuple tunisien demande sera obtenu. Je ne vois pas grand chose qui puisse arrêter le processus démocratique, à moyen terme. Il leur faudra par contre du temps, là bientôt, pour que les anciens opposants au régime rentrent au pays. Que leurs messages soient diffusés, entendus, discuté et débattus. Alors tout doucement, une vraie démocratie pourra naître, je crois, en Tunisie.

 

J'ai reçu ce matin un message qui m'a fait chaud au coeur. Un ami palestinien, lecteur de ces pages, me disait en substance : "Enfin ! Enfin je ressens un peu d'optimisme vis à vis des nations arabes !! Finalement nous entrevoyons un espoir ! Dès le début, j'avais vu que les nouveaux médias (Facebook, Twitter, You Tube et particulièrement Al Jazeera) serait un accélerateur important dans la révolution à venir. En tant que palestinien mes espoirs flottent haut pour que toutes les nations arabes se libèrent. Si l'effet domino fonctionne dans le monde arabe, alors la Palestine pourrait être le coeur de cette révolution et être enfin libérée !".

 

Comme on le voit, à l'heure où la politique étrangère de la France est très critiquée partout dans le monde, un grand vent d'espoir souffle. Espérons que celui-ci perdure et s'accompagne de belles pluies pour un printemps resplendissant.

Publié dans ainsi valse la vie

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M


Complément d'info au sujet de - je cite - M A M Banania. Voici un article du quotidien tunisien Le Temps qui revient, sur un ton semi-ironique, sur les déclarations de Michèle
Alliot-Marie, ministre des Affaires Etrangères.


"Allons-nous aussi pardonner a M A M Banania alias Michèle Alliot-Marie sa volonté spontanée d’avoir voulu venir en aide à notre ex-super flic d’ex-président ? Cela, malheureusement, nous ne le
pouvons guère. Car c’est une atteinte à notre supériorité en ce domaine précisément. Si comme beaucoup de responsables français elle n’a rien vu venir de la révolution tunisienne, elle n’a
aucunement le droit d’ignorer que nous avons le même nombre de fonctionnaires de police toutes catégories confondues que la France avec un nombre d’habitants sept fois inférieur à celui de
l’hexagone."



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