Gandrange - précisions

Publié le par Maxime

Un an après sa visite à Gandrange, en Moselle, Nicolas Sarkozy est revenu sur les lieux. Quant aux promesses qui concernent réellement la vallée de l'Orne et Gandrange : rien de nouveau. 20 millions d'euros d'investissements pour revitaliser le secteur industriel lorrain, l'ouverture d'un centre de formation aux métiers de la sidérurgie, tout cela, il en avait déjà parlé en février dernier. Depuis on attend toujours. "Cette visite, c'est une surprise de mauvais goût. Je jugerai sur les actes. Ce que j'attends aujourd'hui, ce ne sont plus des promesses mais un échéancier", s'énerve Edouard Martin, syndicaliste à Mittal. "Au moins, il pourra dire qu'il est revenu alors qu'il nous a snobé il y a une semaine. C'est dégueulasse comme attitude."

 
"Vous entendez ?" C'est la première réflexion d'Edouard Martin, représentant CFDT au comité d'entreprise européen d'Arcelor-Mittal, quand il approche du site de Gandrange. Non, il n'y a plus rien à entendre. C'en est définitivement terminé. Près de 600 métallurgistes travaillaient ici mais plus aucune fumée ne sort des cheminées de l'usine. La Cathédrale, comme on l'appelle, est encore debout mais elle est vide. Et devrait bientôt être démontée.

 
"Elle devait fermer, c'était normal. L'usine n'était plus adaptée aux commandes qu'elle recevait", continue le responsable syndical, métallurgiste et fils de métallurgiste. L'aciérie a été conçue pour livrer de grosses quantités, très grosses même. Mais ces commandes se font rares alors, en vingt ans, l'usine a beaucoup perdu en rentabilité.
 
 
En 1999, Mittal la rachète pour un euro symbolique. Il n'en dépensera pas un de plus : depuis dix ans, aucun investissement pour l'aciérie de Gandrange.
 

 
Février 2008, l'usine ferme ses portes. Les sidérurgistes luttent mais Mittal ne veut rien entendre. A l'époque, Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, il décide de rendre visite aux ouvriers. Le temps de se marier et voilà le président de la République sur l'estrade, pour un discours à l'usine de Gandrange. "Parfait pour un voyage de noces !", lance-t-il. Une ironie que les sidérurgistes n'ont pas appréciée.
"Il ne faisait pas beau. Pendant que les ouvriers marchaient dans la boue, le Président leur faisait des promesses. Beaucoup y ont cru", se souvient le syndicaliste Edouard Martin. "Moi, j'étais derrière, avec les conseillers de l'Elysée. Je les ai vus s'arracher les cheveux en écoutant le discours de Nicolas Sarkozy. " C'est à ce moment-là que le syndicaliste a compris qu'il ne fallait plus y croire.

 
 
Quelques jours plus tard, réunion à l'Elysée. Cette rencontre, Edouard Martin l'a encore en tête. Très bien même. Il a tout noté, très scrupuleusement, dans un carnet. Mais pas besoin de l'ouvrir, il récite presque par cœur les paroles du Président. "Nicolas Sarkozy a commencé à nous faire des promesses. Je savais qu'elles étaient irréalistes et je lui ai fait la réflexion. Il s'est fâché tout rouge et nous a laissé entre les mains de Luc Chatel [ministre de l'Industrie]."
 

 
Le maire de Gandrange, lui, s'est laissé bercer d'illusions. Henri Octave, lui, y a cru. Vraiment. Et aujourd'hui, son discours est d'autant plus amer : "Bien sûr que j'en veux à Nicolas Sarkozy ! On n'avait rien demandé, nous. Et on voit le Président arriver pour nous aider. Le président de la République, c'est quand même pas n'importe qui ! Alors oui, bien sûr qu'on y a cru. Et ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs."


Au moment du "voyage de noces présidentiel", la fermeture était déjà prévue, les reclassements négociés. Pas de licenciements pour les ouvriers de Gandrange, ce n'était donc pas une faveur que Nicolas Sarkozy avait obtenu du géant Mittal mais bien le fruit du travail préalable des syndicats. Une centaine de départs à la retraite et plus de 400 personnes reclassées sur les autres sites de Mittal dans la région ou au Luxembourg.

Et puis, il y a eu ces mots : "Je reviendrai avec M. Mittal pour graver dans le marbre les promesses de l'Etat." Tout le monde ici les a gardés en mémoire. Un an après, aucun signe. Edouard Martin prend acte. Il achète une plaque de marbre et y fait inscrire "Ici reposent les promesses de N. Sarkozy."

 
Le soir même, 20h, interview télévisée du Président. Interrogé sur la question de Gandrange, il répond : "Mais à Gandrange, on ne ferme qu'un four !" Ce qu'il oublie de préciser alors, c'est qu'un four, c'est toute une usine. Et qu'à Gandrange, il n'y en a qu'une seule. Et elle a fermé.

Publié dans ainsi valse la vie

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