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Houston, j'ai un problème : une Saint-Valentin arrosée

Houston, j'ai un problème : une Saint-Valentin arrosée

Il y a quelques jours je me souvenais de ce 14 février... 1993 (d'après mes recherches).

 

Première Saint-Valentin.

J'ai les mains moites et le dessous des pieds certainement poites mais il fait si froid.

Je suis le premier à être arrivé devant le cinéma où nous avons rendez-vous. Je suis toujours le premier. Ainsi je me dis qu'au cas où elle ne viendrait pas, j'aurais quelques minutes pour croire qu'elle sera là, à pointer son visage au coin de la rue Jean Jaurès. Un peu comme pendant les deux minutes et trente-deux secondes de "Madeleine" du grand Jacques. Se mentir pour espèrer.

Je n'ai pas apporté de lila mais je serre dans les mains ce que j'ai de plus précieux depuis ces deux derniers jours : une petite bouteille de parfum très, très, très bon marché. Utiliser le mot de parfum est une injure à toute la famille Guerlain dont je ne me prive pas ici, bien au contraire. J'avais acheté cet improbable liquide de grand-mère pour celle qui n'avait pas encore dix sept ans. La pauvre !

J'attends.

 

Le Royal

 

Oh bon sang ! La voici au loin qui arrive !

Elle vient, elle vient ! C'est la magie des premiers rendez-vous. On les donne sans savoir si tout va bien se passer. Et là, c'est comme dans un rêve. Elle s'avance au loin vers moi. Pan ! Ou plutôt bing (ou paf, c'est selon) : la bouteille de parfum m'échappe et tombe au sol ! Ni une, ni deux, ni trois d'ailleurs, je la ramasse et me relève. Le minois de mon amoureuse est presque devant moi. Ouf! la bouteille n'est pas cassée. Je refourre bien au fond de la poche de mon blouson le paquet cadeau dans son petit sac plastique.

 

Le cinéma s'appelle le Royal et après me les être gelées royalement me voici comme un roi devant une petite princesse. Très vite on rentre pour demander nos deux tickets pour le film BODYGUARD. Ou alors, je les avais déjà achetés, éternel optimiste. Je ne sais plus. Quand on s'assoit, bien au fond de la salle, tout à droite, on ne voit rien. J'adore ces moments où les sens sont sens dessus dessous. Je me retrouve vite seul car ma Whitney des années quatre-vingt-dix est partie aux toilettes. C'est là que je suis mis au parfum : ma main, toujours engoncée dans ce blouson kaki que je n'oublierai jamais, est toute mouillée.

Je sens au bout de mes doigts des petits bouts de verre mélangés au papier qui est passé du stade de cadeau à mâché. Pour couronner le tout (je vous rappelle que nous sommes au Royal), une odeur de vieille pomponnée empeste très vite notre petit coin sombre et douillet à l'arrière de la salle de cinéma. ELLE revient.

 

Explication, gêne. Re-explication et re-gêne. Elle : sourire. Moi : sourire gêné.

À seize ans, je n'avais pas encore vu de films de Woody Allen mais je le jouais à la perfection. Les lunettes et le jazz en moins. La balourdise en plus. 

 

La publicité a fini d'hurler que nous devions acheter du pop-corn Baff quand je me dis qu'avec tout ça, mince, on n'a même pas acheté de pop-corn ! À nos pieds, la petite bouteille brisée. Dans ma main, la sienne. J'ai toujours aimé être amoureux. Et en ce mois de février 1993, le film commence...

 

 

 

 

Les semaines qui ont suivi ce rendez-vous, je n'arrêtais pas d'écouter la cassette de la bande originale. Quelle voix. Que d'émotion ! Et puis, un jour des années 2000, au hasard d'un zapping devant ma télé en Irlande : quel navet ! Le film a mal vieilli. Comme beaucoup de productions des années quatre-vingt-dix. Exception : hier soir je me suis revu le film BIENVENUE A GATTACA. Il n'a pas pris une ride.

 

Ce matin Whitney Houston est partie se faire tripoter par Serge au paradis des artistes.

Croyez-le ou pas mais quand je ferme les yeux, j'arrive à retrouver l'odeur qui avait imprégné mon blouson pendant quelques années. Ces mêmes années, à quelques près, qui allaient nous faire partager un bout de chemin. À mon amoureuse de pas encore dix-sept ans et moi.

 

Au revoir Whitney ! Hello Dolly !