L'élégance en maillot jaune et short bleu

Publié le par le zouave

jjan52011 (62)

 

 

Quand j'étais petit, je pouvais facilement confondre les deux : mon père et Sócrates.

Les deux étaient reconnaissables sur le terrain (de football pour l'un, de volley pour l'autre) à leur barbe, leur silhouette longiligne.

Très tôt dans ma vie et pendant toute la sienne, mon père a eu cette faculté de pouvoir me montrer, discrètement et avec une vraie passion, où était le beau. Et le football n'y échappait pas, bien au contraire. Il a toujours pointé son coeur vers l'élégance, l'allure, la sincérité. 

À cheval sur les années soixante-dix et quatre-vingt, Sócrates Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira y a ajouté le romantisme. C'était le point de rencontre idéal entre mon ex-footballeur de papa et lui.

 

Sócrates se distingue aux Corinthians (le club où il fera l'essentiel de sa carrière) par son engagement politique. En pleine dictature militaire, lui et quelques uns de ses équipiers créent la Démocratie Corinthiane, un système dans lequel chaque décision liée à la vie du club est soumise au vote des joueurs, lesquels inscrivent d'ailleurs ostensiblement le mot démocratie sur leurs maillots.

 

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Cette fabuleuse génération de joueurs brésiliens ne parviendra pas à gagner la Coupe du Monde. Et en 1986, ce sont les Bleus qui leur barrent la route vers une demi-finale. Match d'anthologie suivi en famille en Savoie.

Qu'importe ! La beauté est dans le geste. 

Et ça, c'est tout petit que je l'ai appris, en écoutant la grosse voix et en regardant vingt-deux petits bonhommes danser sur l'écran du téléviseur.

 

Coupe du Monde 1982 - Premier tour, face à l'URSS




Hier soir, Sócrates est parti jouer dans les nuages. Comme mon père, il est mort à cinquante-sept ans. À l'hôpital Albert Einstein de São Paulo. São Paulo, ville dont le nom chantait dans les oreilles de mon père.

L'ancien milieu de terrain, diplômé en médecine et surnommé à ce titre "Le docteur", avait reconnu avoir eu des problèmes avec l'alcool. Il avait déclaré que l'alcool avait été "un compagnon" pour lui mais qu'il n'avait jamais affecté ses performances sur le terrain.

 

La beauté est dans le geste !

 

http://e.imguol.com/esporte/futebol/2011/09/05/em-agosto-de-1985-socrates-desembarca-no-aeroporto-de-cumbica-em-guarulhos-ja-com-a-camisa-de-seu-novo-clube-a-ponte-preta-de-campinas-sp-1315268531148_1024x768.jpg

Publié dans ainsi valse la vie

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marie 05/12/2011 08:54


Aujourd'hui je ne regarde plus vraiment le football .... mais je me souviendrais toujours, d'un dimanche après-midi, ou plusieurs "jeunes" sont arrivés à la maison (à Montbéliard) avec leur
entraineur (un aumonier si je ne me trompe pas), ils sont venus nous montrer la coupe qu'ils avaient gagnés ! que de joie !... et  bien sur le gardien de but n'était autre que ... ton père !


Dommage, à l'époque il n'y avait pas le numérique .....

le zouave 05/12/2011 09:35



Oh tu sais le numérique... je ne lui fais plus trop confiance ! Ah ah ah !


Tu te souviens de leurs maillots (jaunes aussi) ?



Michel 05/12/2011 04:54


Un très grand Monsieur du foot nous a quittés! Une conception du foot et de la démocratie. Une équipe du Brésil qui jouait encore à la brésilienne... Fantastique joueur! Voilà, un amoureux du
foot et des valeurs qui parle avec son coeur et sa tristesse. Une partie de ma jeunesse vient de s'envoler... RIP!

le zouave 05/12/2011 06:35



Merci Michel !



le zouave 04/12/2011 17:17


Magnifique article de Jérôme Latta, rédacteur en chef des Cahiers du Football: http://latta.blog.lemonde.fr/2011/12/04/socrates-le-romantique-et-le-revolutionnaire/#xtor=RSS-3208