Mon dandy de grands chemins...

Publié le par maxime

Nous y voilà. 

02 mars 2011, vingt ans après la première guerre du Golfe et ma descente de lit brutale en Savoie.

 

On va commencer en musique, non ? Écoute les orgues, elles jouent pour toi...

Voici deux vidéos relativement rares.

 

La première est un vrai délice. D'une durée de treize minutes, elle s'intitule Essai sur la naissance d'une chanson. Il s'agit d'un court documentaire signé Yves Lefebvre sur la création du titre "Initials BB". Nous sommes le 01er mars 1968. Les Beatles sont encore en Inde aux pieds du Maharishi Mahesh Yogi. Serge investit alors Londres et vient sublimer tout ce que les p'tits gars de Liverpool avait créé ces cinq dernières années.

 

 

 

La seconde... et bien c'est tout simplement le film accompagnant cet album concept de 1971. Album de chevet de radiohead, entre (mille) autres.  Histoire de Melody Nelson.

Le film est signé Jean-Christophe Averty et dure, comme l'album mythique de Serge 27 minutes et 54 secondes.

 

      Cliquer sur la croix pour se débarasser de la publicité, puis PLAY.

 

 

Pour penser à Serge Gainsbourg en souriant je vous propose également de trouver ci-dessous des coupures de presse datant de ses débuts. Oh rien de bien fou mais j'aime bien, parfois, quand on cause de géants tels que cet affreux, relire ce que pouvaient en dire la presse, les critiques à une époque où ils n'avait pas encore été reconnus.

Nous sommes essentiellement en 1959 et je vous propose donc un voyage dans le temps et dans la France avec ces premières impressions.

 

"A l'audition, cela paraissait très Dean-Sagan, très à la page et très habilement fait. Avec une tranquille assurance, la voix désabusée d'un enfant du siècle, cet ancien pianiste de bal chante l'ivresse des sens, de l'alcool et de la vitesse. Impressions qu'il est difficile de retrouver après l'avoir vu planté derrière un micro. Sa nervosité, son agressive timidité, dénotent une sensibilité, une inquiétude grosses de possibilités encore mal exploitées. C'est une bonne surprise." 

(Claude Sarraute, Le Monde). 

 

Boris Vian est dithyrambique dans Le Canard enchaîné de novembre 1958 tandis que France-Observateur écrit : 

"Serge Gainsbourg ou le délire de la solitude : Hier, on ne lui prêtait guère d'attention. Il était, à Milord l'Arsouille le pianiste de service. Aujourd'hui, il chante ses propres chansons et, à l'écouter, on a froid dans le dos. Parce que ces "machins" (le terme est de lui) expriment une froide violence, un délire raisonné. Lui-même ressemble à ce qu'il chante. Un garçon blême, aux oreilles décollées, avec un nez qui dévore le visage et une bouche très rouge, toujours plus ou moins tordue en virgule. On est devant un Pierrot lunaire qui a exploré le désespoir jusqu'au point précis où l'on se met à rigoler de soi-même et des autres." 

"Il y a bien longtemps que je n'avais entendu chanter avec autant de simplicité naturelle des mots actuels qui répondent à coups de vie aux pulsations des coeurs et du sang." (Ciné-Revue). 

"Son humour glacé, sa lucidité blasée et même les pointes de sadisme amer qui percent çà et là font songer au climat d'un certain journalisme. Climat foncièrement malsain, est-il besoin de le dire ? Mais Gainsbourg n'est pas dupe : il cherche une porte de sortie au désenchantement et au cynisme de la génération des Tricheurs." (Regards). 

 

Parmi les premiers supporters, on trouve le regretté Lucien Rioux de France-Observateur qui dix ans plus tard sortira le premier livre consacré à Gainsbourg dans la collection Poètes d'aujourd'hui chez Seghers. 

Lucien Rioux : "Sur scène, au Milord, il était très mal à l'aise, très angoissé, et ça se voyait. Le public avait un réflexe de rejet, de refus, à cause de son physique essentiellement. Du coup il a adopté une attitude provocatrice, il regardait les gens d'une manière inquiétante, il essayait de renverser les rôles : au lieu d'être gêné par eux , il essayait de les gêner." 

"On connaît ses chansons, il les chante avec un filet de voix, sans gestes, un air mélancolique et indifférent, deux grands yeux rêveurs et deux grandes oreilles d'éléphant volant." (Les Beaux-Arts, Bruxelles). 

"Gainsbourg écrit des chansons exquises et les dit très mal, ainsi que l'exige la tradition. Il est mou, il est insaisissable, toujours semble-t-il au bord de l'évanouissement, de la disparition." (L'Officiel des Spectacles). 

"Gainsbourg plus laid que Clay : Oreilles perpendiculaires à la tête, paupières énormes, bras misérables. Mais comme dans le cas de Philippe Clay, tant d'horreur sur le visage n'est faite que pour mieux montrer une âme sensible.L'auteur prédit que Serge sera bientôt aussi célèbre que " Le poinçonneur des Lilas " : il sera dans les mois qui suivent enregistré, photographié, affiché. Et à quand l'Olympia ?" (Arts). 

 

Les critiques réservées au 25 cm N°2 (juillet 1959) sont mitigées 

"Sa volonté de faire des chansons intelligentes risque d'en faire un chanteur très ennuyeux. Ce serait dommage. Il passerait à côté de la belle carrière que nous attendons de lui." (Marie-Claire). 

"On le dit diabolique, il n'est qu'intelligent et lucide. On le juge inquiétant, ce n'est qu'un inquiet. On le croit cynique et c'est un timide. Sur la route difficile de la chanson, il avance solitaire. Il ne piétine pas." (Marie-Claire). 

"Les plus nouvelles des chansons de Serge Gainsbourg ont perdu leur originalité et pas mal de leur force. Affaiblies, banalisées, ce sont des chansons comme beaucoup d'autres." (La Dépêche du Midi). 

"Un disque grenade à ne pas mettre entre toutes les mains." (Le Dauphiné Libéré). 

"Il a une voix agressive. Serge Gainsbourg est né sous le signe du Bélier, toutes ses chansons attaquent, étonnent, scandalisent, font mal. Parce que trop souvent on ne voit que la révolte, on oublie l'humour. On oublie l'humour parce que la critique est trop âpre. Serge Gainsbourg chante non pour le public mais contre le public." (La France).

 

 

 

Je vous laisse, pour le moment, avec ces derniers mots, ces premiers mots, de Serge Gainsbourg. Je referai un article dans quelques heures ou jours avec des vidéos lui rendant hommage. En musique.

Quelle espérance il fut ! Quelle espérance il est ! Quelle espérance il restera !

 

Juillet 1959, Serge est l'invité de Juliette Gréco dans Soyez les bienvenus sur la RTF : 

J. G. : -Etes-vous agressif? 

S. G. : - Oui, un peu 

- Pourquoi? 

- C'est pour moi une couverture 

- Quelle est la chose au monde que vous détestez le plus? 

- L'imbécillité 

- Quelle est la chose qui vous fasse le plus plaisir? 

- La peinture 

- C'est votre vrai amour? 

- Oui, le seul 

- Qui êtes-vous à vos yeux? 

- Pour l'instant pas grand chose, je suis une espérance.

Publié dans musique

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